C'est l'hystérie de l'impuissance qui m'a pousser à ça. La démence passagère. Je me fixait dans le miroir, ou du moins je fixais ma pupille, ma fenêtre, dans l'espoir d'apercevoir quelque chose du chaos qui subsistait à l'intérieur de moi. Mais tout ce que je voyais ce n'était que ma pupille vacillante sur la lampe que je faisais danser d'agacement. J'étais seule, avec ma lampe, avec moi-même, avec ce bordel à l'intérieur de mon corps, ce déchargement explosif aux origines mystérieuse. Comment est-ce arrivé là ? Comme si une bête monstrueuse fourmillait dans mon sang, essayant de s'échapper en vain. Il est étrange de voir comme un sentiment abstrait peut se matérialiser dans notre sensibilité. La solitude rend fou et c'est peut-être bien ce qu'il m'arriva. Je fut prise d'un délire somatique. Le souvenir de ce qui me répugnait le plus, ma peau s'en souvenait encore. C'est la mémoire du corps. Plus la bête à l'intérieur de moi s'enrageait, plus mon épiderme se mettait à brûler, à s'affoler en d'horribles boursoufflures puantes résultant d'un tact de doigts passés, doigts que j'avais autrefois chéris et qui aujourd'hui me rendaient malade de dégout. Les remous de mon estomac essayaient tant bien que mal d'atteindre mon gosier. Le souvenir de sa peau contre la mienne, de ses mains caressantes, était destructeur. Comme une mauvaise piqure qui vous attaquerait de l'intérieur et dont le venin se propagerait dans vos entrailles, fuyant vers sa cible, le c½ur. C'est le point stratégique de tout commencement, et de toute fin. Alors, dirons-nous que c'est ici que cela fini. Ce venin ne me détruira pas, il te détruira. Il détruira tout ce qu'il reste de toi, en trop. Non pas l'amour, qui s'est éradiqué de lui-même, mais la rage persistante. Il t'effacera définitivement. Ce n'est plus toi qui trône. Mais je suis toujours seule, et c'est là, que ça commence. Les venins venimeux agissent en karcher, quelques fois. Peut-être serait-il bon de s'empoisonner plus souvent, en faisant soigneusement attention de ne pas en mourir.
Après cette déflagration magistrale, je retombe vide à tord, étendue sur un lit trop connu à fixer un point qui n'existe pas. Je dors mal dans les lits que je connais trop.